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Un blog exploratoire en reliure et papier japon

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10.8. 2014 Papier de fibres végétales: papier sauvage    

Au stage 2012 chez Aïdée Bernard ("La fabuleuse effeuillée"), j'ai non seulement appris à manipuler les feuilles dentellisées, mais aussi à utiliser les fibres végétales comme bases de pulpe à papier - canne de provence, folle avoine, etc. On peut acheter la pulpe en feuilles (coton, chanvre, abaca, etc.), qu'il suffira de délayer dans de l'eau pour travailler. Ici, je détaille comment procéder pour du papier sauvage, à base de glanage.

En attendant que je retrouve mes notes complètes, je propose de jeter un coup d'oeil à ma bibliographie sur le sujet.

Procédure pulpe de fibres

  • Je cuis les végétaux entiers ou taillés grossièrement (surtout pas déjà mégamixées, on perdrait la longueur de fibre ) pendant 1 heure dans un bain très basique (pH 11 minimum). Jusqu'à ce qu'en tirant dessus, elles se défassent. La durée dépend de la fibre.
    J'utilise soit des cristaux de soude (bcp) soit de la lessive de cendres de ma cuve de cendres du feu ouvert.
Je fais ça DEHORS! ça sent fort, les vapeurs sont un peu toxiques.
Vapeurs toxiques. Le petit "canari de la modernité" que je suis peut vous l'affirmer, car j'ai testé de cuire au grenier, avec une hotte... chaque fois le lendemain: yeux gonflés comme s'ils explosaient et maux de tête... Je ne montre qu'en magnitude ce que les autres corps vivent. Prenez-en de la graine... enfin si ça vous parle.
  • Je les rince abondamment, dans une passoire.
Aïdée les fait tremper dans un bain vinaigré, pour que l'acidité tamponne l'hyperalcalinité de la cuisson. Je saute cette étape, je ne vise pas la production professionnelle.
  • Je n'ai pas l'occasion de les utiliser illico, car ma prochaine visite à l'atelier de la Maison de l'Imprimerie sera dans deux semaines, si je trouve la demi journée de liberté. Je les garde à peine couvertes d'eau avec une goutte d'huile essentielle de thym. Je pourrais les congeler, mais mon coeur d'écolo freine à gaspiller de l'électricité tant que j'ai une autre soluce.

Le matos

De quoi faut-il s'équiper pour commencer à faire du papier chez soi.

  • Des feutres ou de l'intissé de couture (vliesline). La pulpe collera au papier, au coton, à tout ce qui lui ressemble (végétal). Il faut de l'animal (feutre) ou du plastique (vliesline). Attrait des contraires!

  • Deux cadres de hobby, achetés en première intention, avant de savoir où j'allais (achat magasin créativité). Les cadres professionnels que je peux utiliser à l'atelier de la MI sont bien plus subtils.
  • Dans un grand bac de 100 litres (achat Brico)

  • Un mixeur à plâtre pour mélanger la pulpe. NE PAS utiliser de mixeur à couteau, ça déchire les fibres et alors... macache la résistance du papier! ça devient fragile comme du papier de toilette.

    • En mode hobby, à défaut de presse hydraulique ou de presse de notaire: une presse bricolée à base de serre-joints.
    • On peut aussi presser à l'éponge, simplement. Voir un prochain billet

  • Une zone pour sécher les papiers après pressage

Un spray de jardin à jet réglable, si on veut écrire à l'eau sur le papier à peine sorti de la cuve. La marque Jardipro, conseillée par Aïdée Bernard lors du stage chez elle, est en effet la plus performante.

Procédure papier

Le papier très fin "japon" qu'on peut faire avec
de la pulpe achetée. On n'arrivera pas à cette subtilité avec le papier sauvage.
Et mon inspiration: le livre de Helen Hiebert. LA Bible. Gauche: pulpe de chanvre; et droite: d'abaca.

Pour réaliser du papier sauvage, je suis la procédure du papier japon bien connue (voir les 3216 sites qui l'exposent et le détail dans mon livre à venir), mais j'ajoute du polyéthylène glycol (oh! la vilaine!) pour pouvoir tirer des feuilles finissimes. C'est ce qui remplace le neri des Japonais.

Les papiers de fibres végétales sont souvent trop grossiers à mes yeux. Le produit utilisé par les Japonais est du néri, extrait d'une racine. Il coûte très cher. Pas facile à trouver, en plus. J'ai appris sur le site d'un fabricant allemand Moulin Eifel (http://www.eifeltor-muehle.de/) que le glycol fait le même effet. Le nom semble toxique, mais en fait il intervient dans certains médicaments, il est comestible! J'achète ce glycol à la droguerie Le Lion.

Le fond du blendeur Omniblend, après mixage des cannes de provence. Je lui ajoute 10 à 20% de pulpe de coton, si je veux l'utiliser en cartes ou reliure. Sinon, il est vraiment très sauvage.

Le mélange canne de provence et coton + néri, séchant sur de l'intissé

Il faudrait l'amidonner si l'on veut peindre ou travailler au rouleau dessus... La preuve par la négative.

Couleur pour le papier

Je n'aime pas l'effet des pigments, tel que je l'ai testé chez Pascal Jeanjean au premier stage. Je préfère teindre naturel avec mes teintures pour textiles. Et encore... quel intérêt? Si on veut magnifier le végétal, hein.

On teint à l'état de pulpe plutôt que sous la forme de papier terminé. Idéalement, dans des couleurs qui ne nécéssitent pas de mordançage.

Les fibres que j'ai glanées

On peut cuire des fibres glanées autour de chez soi pour en faire de la pulpe: depuis le vert des poireaux jusqu'aux feuilles de maïs du champ d'à côté.

Pour ces végétaux glanés, il faut choisir des fibres longues, sinon le papier ne donne rien, ce ne sera qu'une "pappe":

  • feuilles de yucca ramassés au pied des plantes d'appartement chez moi, en famille, chez les copines
    (fibres bien longues, doit cuire à la lessive de soude, pH au moins 13 sinon rien)
  • feuilles de maïs ramassés en bord de champ après les récoltes en octobre: difficile à mixer avec un matériel ordinaire (les cuire encore plus longtemps? ou en faire du papyrus comme sur les sites américains?), j'y arrive grâce au blender de compét' que je viens d'acheter (Omniblend, proche du Vitamix mais trois fois moins cher)
  • feuilles d'iris (à ramasser en forêt ardennaise en fin de saison, déjà fanés c'est encore mieux)
    il paraît qu'il faut gratter en longitudinal avec une fourchette, pour entamer la chair; je les ai cuites en pulpe sans cela (2h, lessive de soude, mais cristaux pour pH 11 = aussi OK)
  • feuilles de cannes de provence, cueillies à la mer, le long des canaux. Il y en a aussi dans le village voisin
  • en cuisine: verts de poireaux, feuilles de la tête d'ananas quand on en mange des frais, xx
  • suite de la liste dans les excellents livre de H. Hiebert (biblio)

 


xxphotoxx

Voir chez Anaïs Gabarit, en montage photos, comment faire du papier végétal, après les avoir cuits dans une casserole (10 fois plus d'eau que de lessive de soude). Attention: avec hotte à l'intérieur, ou mieux, dehors.


 

suite technique